À première vue, un relèvement d'un cran de la note A3 peut sembler marginal. En réalité, il s'agirait de la clôture d'un chapitre entamé il y a plus de dix ans et de la consolidation de la position du Portugal parmi les émetteurs souverains les moins risqués de la zone euro. Moody's est actuellement la plus conservatrice des grandes agences en ce qui concerne le Portugal, avec une note inférieure à celle de Standard & Poor's, Fitch et DBRS. Un relèvement de la note alignerait les perceptions et enverrait un signal fort aux marchés financiers mondiaux.
C'est important, car les notations souveraines ne sont pas des étiquettes abstraites. Elles influencent les coûts de financement, les mandats d'investissement, la répartition des portefeuilles et les modèles de risque dans l'ensemble du système financier mondial. Pour un pays comme le Portugal, qui devra financer environ 13 milliards d'euros de besoins de financement nets en 2026, la crédibilité n'est pas facultative ; elle est structurelle.
La stratégie de gestion de la dette du Portugal, menée par le PICG, repose sur l'émission régulière d'obligations du Trésor et sur une grande liquidité des marchés secondaires. Le fait que les obligations portugaises à 10 ans se négocient actuellement avec des écarts par rapport aux bunds allemands à des niveaux historiquement bas en dit long. Les investisseurs considèrent déjà le Portugal comme un émetteur de premier plan, et non comme un émetteur périphérique.
L'analyse de JP Morgan permet de valider sur le plan institutionnel ce que les marchés signalent depuis un certain temps. Une discipline budgétaire rigoureuse, un ratio dette/PIB en baisse, une croissance résiliente soutenue par l'investissement et les exportations, et une base économique plus diversifiée ont régulièrement réduit le profil de risque du Portugal. Il est essentiel de noter que cela s'est produit sans dérapage budgétaire ni instabilité politique qui font souvent dérailler des trajectoires similaires dans d'autres pays.
Un relèvement de la note de Moody's renforcerait encore ce cercle vertueux. Un risque perçu plus faible se traduit par des coûts d'emprunt plus bas au fil du temps, ce qui crée à son tour une marge de manœuvre budgétaire. Cet espace peut être utilisé non pas pour des excès, mais pour des investissements stratégiques dans les infrastructures, l'énergie, la numérisation et le capital humain, précisément les domaines qui définissent la compétitivité à long terme.
Il existe également une dimension moins discutée. Les notations souveraines influencent de plus en plus la manière dont les investisseurs internationaux évaluent des écosystèmes entiers. De l'immobilier et des infrastructures aux centres de données et aux projets industriels, l'amélioration de la cote de crédit du Portugal réduit la prime de risque pays appliquée à toutes les catégories d'actifs. Cela affecte directement l'évaluation, les décisions d'allocation de capital et la volonté des investisseurs à long terme de s'engager.
En ce sens, un éventuel relèvement de la note de Moody's ne concerne pas seulement la dette publique. C'est une question de confiance. La confiance dans le fait que le Portugal est passé de la reprise à la résilience, et de la résilience à la pertinence au sein de la zone euro.
S'il est confirmé en mai, ce relèvement ne changera pas le Portugal du jour au lendemain. Mais il confirmerait quelque chose de plus important : la transformation de la dernière décennie n'est plus remise en question. Elle est reconnue.
Et sur les marchés financiers, la reconnaissance est souvent la monnaie la plus précieuse.








